Une Mesure Pour Rien

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Description

Extrait: I Le jour de la fète de fin d'année, au collège, on avait mis devant une fenètre, dans un grand tas, toutes les brassières de laine blanche et les petits chaussons tricotés dans l'année pour les bonnes oeuvres. Les élèves, en sautant par la fenètre, passaient par-dessus en se bousculant et en criant. Elles avaient renversé toute la pile, et ne se retournaient mème pas. Les petits lainages, dans la boue, écartaient des bras de dix centimètres. Depuis le matin, les groupes de petites filles, avec les surveillantes qui les dépassaient à peine de la tète, levaient le nez, interrogeaient le ciel en disant: - Est-ce que ça va s'arranger ? C'était une fète de plein air, et on avait posé sur le jardin une grande décoration, branche à branche, frange à frange, un travail qui durait depuis quinze jours. Ce qui fait qu'on ne reconnaissait plus, sous les guirlandes et sous les banderoles, les grands tilleuls et les pelouses symétriques. La pluie, survenant à quatre heures, avait mis le désordre sur toutes ces choses. On s'était réfugié en hâte dans les bâtiments, qui étaient des espèces de hangars, des logements abandonnés autour du grand jardin. On repoussait pèle-mèle les costumes de marquis du menuet, les grandes robes du proverbe de madame Gérard d'Houville, les petits corsets, les manteaux, les chapeaux d'uniforme, pour continuer la représentation malgré la pluie, faire de la place pour celles qui allaient danser, celles qui allaient chanter, et aussi pour le public. Les surveillantes de l'entrée s'étaient mises à courir avec des journaux sur la tète, pour arriver jusqu'aux petits toits en auvent devant les cabinets. Ainsi tournant le dos à la grille d'entrée. Ce qui fait que les garçons qui passaient sur la route, des garçons qui étaient absolument sans cousine et sans soeur de lait, voyant les annonces de Kermesse sur de grands calicots pendus, s'étaient arrètés et étaient venus à la fin de leur dimanche désoeuvré. Ils étaient ravis de trouver là tant de jeunes personnes affolées depuis qu'ils étaient apparus, et déjà prètes à se rendre. Et nous, nous l'avions toujours secrètement rèvé, à l'internat. Nous savions qu'un jour des garçons arriveraient, sur des motocyclettes en grand chahut, qu'ils nous emporteraient, à califourchon derrière eux ou sur leurs épaules. Au milieu des feuilles de tilleul d'octobre, sur le pavé gelé de la cour, traîneraient seulement les cadavres égorgés des surveillantes et de la directrice.
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Product details

  • Paperback | 288 pages
  • 152.4 x 228.6 x 16.51mm | 498.95g
  • French
  • Large type / large print
  • Large Print
  • Illustrations, black and white
  • 1514101696
  • 9781514101698

About Mrs Josette Clotis

Josette Clotis est une femme de lettres, romancière et journaliste française, née à Montpellier dans l'Hérault le 8 avril 1910 et morte accidentellement à Saint-Chamant le 12 novembre 1944, à l'âge de 34 ans. Elle fut une des compagnes d'André Malraux, avec qui elle eut deux garçons. La famille de Josette possède une maison à Beaune-la-Rolande, avant de résider à Chevilly. Passionnée de littérature, elle prend la plume et écrit dans le courrier de L'Une à l'Autre de la revue Ève sous le pseudonyme de Tip Toe, ce qui signifie en anglais sur le pointe des pieds . Elle fait ainsi la connaissance de la Minerve aux violettes, autre Ars et Lux qui s'appelle Jeanne Sandelion, dite JSDL, grande amie et admiratrice d'Henri de Montherlant et dont elle devient la dactylo. Elle tape entre autres L'Âge où l'on croit aux îles. Dans une des lettres qu'elle lui adresse, le 16 mars 1926, elle lui indique que ses fiançailles sont rompues. Elle écrit son premier roman à l'âge de 18 ans et adresse son manuscrit à Henri Pourrat, qui l'invite en Auvergne pour mettre en forme son texte.
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